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Denis

Article proposé le mardi 25 septembre 2001


Je suis ce qu’on peut appeler un petit bourgeois, installé dans le confort résidentiel de la banlieue ouest de Toulouse. La vivacité de mes propos est à la mesure de la « gifle » que j’ai reçue en débarquant ce matin-là dans une cité où seuls des événements aussi exceptionnels pouvaient me donner l’occasion d’aller au devant des gens et d’entrer chez eux.

La « gifle », je l’ai reçue d’abord en voyant ce qui se voit : les dommages matériels, les abords des immeubles où s’entassaient meubles, déchets, cloisons, portes et du verre, énormément de verre brisé, l’absence de moyens et de personnel, de logistique, d’organisation du soutien et même l’absence de sécurité physique dans un habitat vétuste et de mauvaise qualité.

Mais surtout, je l’ai reçue plus forte encore en prenant conscience peu à peu de ce qui ne se voit pas. A côté de la douleur extrême des victimes directes et leurs familles, à côté de la détresse des gens qui sont blessés ou ont dû quitter leur logement détruit, il y a le désarroi ordinaire de ces milliers de gens qui ne veulent pas, ne peuvent pas quitter leur habitation, dans laquelle, pourtant, ils ne bénéficient plus du minimum de sécurité et de confort nécessaire. Si, pour les premiers, il est juste que les professionnels spécialisés interviennent en priorité, il n’est pas juste que personne ne vienne en aide aux seconds, qui sont déjà largement désavantagés par la vie difficile de nos ghettos banlieusards.

Dans chaque appartement, le besoin de parler prend autant de temps et bien plus d’énergie que celui de déblayer ou de réparer. Les gens ont besoin d’être entendu, d’être reconnus comme victimes. L’absence ou, pire, le refus de cette reconnaissance provoque la colère. Même s’il est vrai que d’autres ont plus souffert, s’entendre répondre : « vous n’êtes pas prioritaires » est vécu par un sinistré comme un geste de mépris, comme un rejet de ses besoins et de ses angoisses. Ne pas avoir reçu, après 48 h, la visite attentive de représentants des services publics ni même des services de sécurité est vécu comme la négation de votre existence et de votre dignité. D’où l’indignation.

Imaginez un peu l’effet produit alors sur eux par le spectacle d’un fort déploiement policier et militaire pour constituer une sorte de zone tampon entre leur cité ébranlée et les grands magasins, usines, entrepôts et lycées dévastés à leur porte. Encore une fois, la société se protège d’eux avant de les secourir, eux qui en attendent au contraire un geste de solidarité ré-intégrateur.

Lorsque votre enfant se fait mal, vous ne le faîtes pas attendre, vous ne lui opposez pas d’objection rationnelle ni de demande, vous commencez par lui donner votre affection et le consoler, même si les pansements physiques ne peuvent arriver tout de suite. Et c’est peut-être dans ces moments-là qu’il vous dira ce qu’il n’a pas pu vous dire hier et que vous vous rapprocherez de lui comme jamais auparavant, aplanissant à cette occasion certains écueils bloquants de la vie quotidienne.

Je pense qu’un événement dramatique comme celui-ci est l’occasion pour la population non affectée de montrer sa solidarité et de ré-intégrer dans le giron social ces parias que l’on a laissés enfermer dans leur ghetto.

Ce que ne peut faire un petit nombre de professionnels, débordés par l’ampleur de la tâche, logiquement mobilisés sur les lieux et auprès des personnes les plus gravement touchées, la population, elle, peut le faire.
C’est bien de proposer d’héberger les gens, de les déplacer pour les faire venir chez nous, c’est mieux d’aller voir chez eux et nous bouger pour les entendre et les aider. Ne nous déchargeons pas sur les cellules psychologiques et les services publics pour soutenir les sinistrés.
Donnons leur notre amitié, cela fera plus de bien que quelques millions de francs, ???? devant tant de détresse et devant un tel désastre.

Denis.

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