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Compte rendu des débats

Colloque sur les 20 ans des Maisons de chômeurs

Article proposé le jeudi 16 novembre 2006, par Emmanuelle Deleplace


Débats riches pour situations précaires

Une journée pour parler de 20 ans de chômage, de 20 ans d’évolution du marché du travail et 20 ans d’un chemin semé d’embûches pour les chômeurs et les maisons qui les accompagnent, c’est peu. Pourtant les débats furent riches. Vous retrouverez dans ce dossier des résumés des principales interventions ainsi que les témoignages très forts de ceux qui ont accepté de venir raconter leurs parcours ponctués de galère, de coup de chance et de passages par les maisons de chômeurs.

Pour Claude Touchefeu, vice présidente du conseil général de Haute-Garonne en charge de l’action sociale : « c’est quand même un drôle d’anniversaire car si les maisons de chômeurs sont toujours là et pleine de vitalité, c’est parce que le chômage est devenu structurel. » Le Conseil général a soutenu dès leur création les maisons de chômeurs et aujourd’hui les maisons travaillent à l’insertion des rmistes.

Rmi : du dernier au 1er filet de sécurité

« Nous constatons que le Rmi qui a été conçu comme le dernier filet de sécurité pour des personnes éloignées de l’emploi devient de plus en plus filet de sécurité pour des salariés qui alternent des périodes de travail, des périodes de chômage et des périodes sans indemnisation où ils touchent le Rmi, poursuit Claude Touchefeu. Percevoir le Rmi, c’est devenu très courant pour des jeunes diplômés et même hyper diplômés. »

Aujourd’hui, 35% des personnes qui entrent dans le dispositif ont moins de 30 ans, près de la moitié des bénéficiaires du Rmi ont le bac ou plus. En septembre 2006, sur près de 30 000 bénéficiaires du Rmi, seuls 42% avaient signés un contrat d’insertion en Haute-Garonne. « Il est difficile de trouver des actions d’insertion adaptées à plus de 30 000 personnes. De plus bon nombre d’allocataires n’ont pas besoin d’insertion mais juste de travail » conclut la vice-présidente du Conseil général.

Marie-Laure Morin, conseiller à la chambre sociale de la cour de cassation a rappelé que le droit au travail et le droit d’obtenir de la collectivité les moyens convenables d’existence sont inscrits dans le préambule de la constitution. « Mais les premiers contrats de travail, aux formes très variées, sont apparus en France à la fin du XIXème siècle, précise la magistrate. C’est entre 1920 et 1936, avec le développement du taylorisme, que les usines ont eu besoin de stabiliser leur main-d’œuvre et c’est seulement à ce moment là que se forge le concept d’emploi salarié qui donne accès à une protection sociale.

En 1946, la Sécurité sociale, les branches assurance maladie et assurance vieillesse, ont été construites comme des protections liées au salariat. En 1959, s’est ajouté l’assurance chômage. La stabilité dans le salariat est donc une construction récente qui n’a pas duré très longtemps puisque dès les années 70, la tendance s’est inversée avec l’apparition des CDD, des intérims, du temps partiel et des lois sur le licenciement - licenciement personnel en 1973 et licenciement économique en 1975 -. »

« Aujourd’hui on ne parle plus de stabilité mais de sécurité dans l’emploi. L’instabilité c’est le risque de perdre son travail. L’insécurité c’est être toujours sans emploi au bout d’un an de chômage. Depuis le début des années 80, 36% des actifs connaissent une insécurité et ce chiffre ne bouge pas alors que l’instabilité, elle, a été multipliée par deux. »

Instabilité pour les jeunes, les femmes et les personnes non qualifiées

« Les jeunes, les femmes, les personnes non qualifiées enchaînent les contrats courts et précaires. Pour rendre les parcours plus sécurisés deux types de réformes sont aujourd’hui en débat :

1-le contrat unique de travail
C’est-à-dire un CDI, que l’employeur peut rompre facilement sans se préoccuper du reclassement mais pour lequel les cotisations sociales seraient plus élevées, donc la protection sociale meilleure en cas de licenciement. C’est un modèle d’inspiration très libérale qui risque de laisser sur le carreau les « moins employables. »

2- la sécurité professionnelle
Elle consiste à accompagner localement les chômeurs avec un dispositif géré par les collectivités locales, les entreprises et les syndicats comme cela existe au Danemark ou en Suède. C’est dans cet esprit que se construisent, aujourd’hui en France, les Maisons de l’emploi (…) La sécurité professionnelle prévoit aussi que les droits sont transférables d’une entreprise à l’autre : droit à la formation (avec le Dif et la validation des acquis par exemple), droit à la retraite et la prévoyance complémentaire… Ce dispositif permettant une plus grande mobilité des personnes tout en assurant leur sécurité. »

Marie-Christine Jaillet-Roman, chercheur au CNRS, s’est penchée sur les relations entre salariat et pauvreté. « Dans les années 70, les pauvres étaient concentrés dans quelques catégories sociales (les personnes âgées, les handicapés…) pour lesquelles ont été créés des minima sociaux. Puis des associations comme ATD-Quart-monde ont mis en lumière les « nouveaux pauvres » : chômeurs, familles surendettées, familles monoparentales… entraînant de nouveaux dispositifs : RMI, droit au logement avec la loi Besson, loi d’orientation sur la ville et développement social des quartiers. »

« Le but de tous ces dispositifs étant de mobiliser des ressources pour développer des parcours individualisés d’insertion. Mais ces dispositifs n’ont pas été à la hauteur de leurs ambitions. De plus, alors qu’ils étaient censés dépendre du droit commun, ils ont souvent été mis en oeuvre hors du droit commun dans un esprit carritatif. »

« Le paradoxe actuel est que la pauvreté a reculé : 15% de la population vivait avec moins de 600 € en 1970, il n’en reste plus de 6% en 2005 mais la pauvreté se déplace. Elle touche moins les retraités et plus les salariés. Le chômage touche durablement 10% de la population active, 15% même, si l’on exclut les fonctionnaires qui ne seront jamais concernés. En 20 ans, les CDD ont été multipliés par six, les contrats d’intérim par quatre. Un quart des salariés vit dans la précarité : 3 millions de salariés sont sous CDD, intérim, stages ou contrats aidés, 1,2 million de personnes travaillent en temps partiel non choisi. 29% des salariés touchent moins de 1100 €. »

Plus du quart des salariés exclus des protections sociales traditionnelles

« Au final c’est entre un quart et un tiers des actifs qui sont exclus des protections sociales traditionnelles liées au salariat. Ils ne peuvent s’organiser collectivement, ont du mal à prendre de la distance par rapport au travail et plus encore à se projeter dans l’avenir. Plus qu’à une fracture, c’est à une fragmentation de la société qu’on assiste. »
« A un moment où la société semble plus perméable aux inégalités, il devient urgent de retrouver des protections dans et hors du travail. A ce jour, des tentatives de réponse ont été apportées, dont aucune ne me semble réellement satisfaisante parce qu’elles refusent de considérer la société dans son ensemble. »

« La pathologisation a voulu démontrer que si l’individu était précaire, c’est parce qu’il était déficient,qu’il était malade, qu’il avait personnellement un problème. On a également cherché à ethniciser la question sociale, à la « topologiser » sur certains quartiers ou à la techniciser en démontrant que si les dispositifs ne réglaient pas les problèmes, c’est parce que les intervenants étaient inefficaces. »

Emmanuel Pierru, sociologue estime que croire en la possible unité des chômeurs, précaires et salariés est une vieille utopie. « Pourquoi la cause des chômeurs a-t-elle autant de mal à trouver un espace de représentation politique ? interroge-t-il. C’est un groupe hétérogène certes mais pas plus que ne l’était la classe ouvrière qui pourtant avait reconnu la CGT et le PC comme porte parole légitime, autorisés à parler en son nom. Cette « magie sociale » n’a jamais fonctionné pour les chômeurs.

Un groupe social qui ne devrait pas exister

« Pourquoi ? D’abord parce que le chômeur c’est la figure déchue de la classe ouvrière. Dans les années 30 c’était le « jaune » capable de trahir pour une bouchée de pain. Aujourd’hui c’est celui qui pourrait devenir le bras armé de la bourgeoisie, voire basculer dans le fascisme. Pour preuve cette croyance totalement fausse selon laquelle les chômeurs voteraient massivement Front National. »

« Alors que massivement le parti des chômeurs c’est l’abstention. Ensuite en nombre de suffrages exprimés ils votent à gauche, puis pour la droite républicaine et enfin pour le FN. Le chômage ne doit être qu’un passage, honteux souvent, et dans une société qui fonctionne sur la doctrine du salut individuel, le chômeur doit s’en sortir seul. S’il ne trouve pas d’emploi, il est coupable, il doit faire un travail sur lui-même. D’où la difficulté d’organiser et de parler au nom d’un groupe qui ne devrait pas exister. »

Créatrice de la première maison Partage aujourd’hui retraitée mais toujours militante, Annie Dreuille souhaite la création d’un syndicat des intermittents, non pas au sens d’intermittents du spectacle mais au sens d’intermittents du travail. Syndicat, qui aurait pour mission de consolider, à travers de nouveaux droits, les trajectoires professionnelles, alternant souvent des périodes de travail et de non travail.

Faut-il créer un syndicats de « chômeurs » ? Jacques Lavergne président du Point Rencontre chômeurs et Précaires (PRCP) de Colomiers, n’en est pas convaincu. « Dans son fonctionnement quotidien, le PRCP, comme toutes les maisons de chômeurs d’ailleurs, est porté à la fois par des demandeurs d’emploi et des non chômeurs, explique-t-il. Notre association ne pourrait vivre sans l’apport et le soutien de tous ceux, bénévoles et donateurs, qui ne sont pas directement concernés par la perte d’emploi. Sans eux, une maison de chômeurs ne serait plus cet espace de solidarité mais un guichet social de plus. »

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